Plus de la moitié des Français ne font pas confiance aux médias

Plus de la moitié des Français ne font pas confiance aux médias sur les sujets d'actualitéPlus de la moitié des Français ne font pas confiance aux médias sur les sujets d’actualité. Le baromètre sur la confiance des Français dans les media, réalisé tous les ans par Kantar Public – onepoint pour La Croix, mesure l’évolution des pratiques en matière d’information des Français et évalue la crédibilité qu’ils accordent aux différents moyens d’information depuis 1987. Tous les ans, ce baromètre donne aussi un aperçu du traitement médiatique des principaux évènements de l’année.

Un intérêt des Français pour l’actualité plus marqué mais une fatigue informationnelle qui s’exprime

En ce début d’année 2023, 76% des Français disent suivre l’actualité avec intérêt, un niveau historiquement haut. Les plus âgés se montrent particulièrement intéressés par l’actualité (83% des 65 ans et plus) tandis que les plus jeunes sont davantage en retrait (66% des moins de 35 ans).

  • Après deux années marquées par le Covid, les événements qui ont marqué 2022 et notamment la guerre en Ukraine et l’élection présidentielle ont contribué à ce regain d’intérêt.
  • 43% des Français disent ainsi s’intéresser davantage à l’actualité qu’il y a quelques années, un mouvement sans doute porté par l’actualité politique : les sympathisants de la France Insoumise (58%), de Renaissance (52%) et du RN (50%) sont en effet particulièrement nombreux à dire s’intéresser davantage à l’actualité qu’avant.

Cet intérêt n’empêche pas qu’une forme de fatigue informationnelle ou de détournement de l’actualité s’exprime chez une partie des Français.

  • Ainsi, 21% des Français disent moins s’intéresser à l’actualité qu’il y a quelques années, une proportion qui monte à 25% chez les femmes et 33% chez les moins de 35 ans.
  • Surtout, un Français sur deux (51%) déclare ressentir « très » ou « assez souvent » de la fatigue ou de la lassitude par rapport à l’information. Les raisons de cette lassitude sont multiples. En premier lieu émerge le sentiment que les médias parlent toujours des mêmes sujets (citée par 45% des répondants, en particulier les plus âgés), mais aussi l’angoisse ou l’impuissance ressentie face aux informations (35% – particulièrement chez les femmes : 41%). Si les plus jeunes partagent également ces raisons, ils sont plus nombreux à citer comme causes de leur lassitude : le sentiment que les médias ne parlent pas des sujets importants pour eux ou à se dire dépassés par la quantité d’informations.

Les Français et leurs médias : une « consommation » importante et diversifiée et où la télévision occupe toujours une place centrale

Pour être informés sur l’actualité, les Français ont recours à de nombreux médias différents et fréquemment. Sur une liste de 15 différents médias, les Français en utilisent en moyenne 3,7 chaque jour et 6,4 au moins plusieurs fois par semaine.

  • Les « médias traditionnels » restent à cet égard incontournables : 71% des Français disent ainsi s’informer tous les jours via la télévision, 49% par la presse (que ce soit sous format papier ou numérique), 39% par la radio.
  • Parallèlement, 36% des Français (et 52% des moins de 35 ans) disent s’informer tous les jours par les réseaux sociaux.

Quand on demande aux Français quel est le média qu’ils privilégient pour être informé les journaux télévisés (cités par 35%) arrivent largement en tête – y compris chez les jeunes – devant les chaînes d’information en continu (18%), la radio (8%) et les réseaux sociaux (6%).  A noter que chez ceux qui disent s’intéresser très peu à l’actualité les réseaux sociaux sont bien davantage cités (17%) juste derrière les journaux télévisés (24%).

Les Français et les médias : entre méfiance instinctive…

Spontanément, une majorité de Français semble avoir un réflexe de défiance à l’égard des médias, considérés de manière générale.

Ainsi, 54% des Français pensent que « la plupart du temps il faut se méfier de ce que disent les médias sur les grands sujets d’actualité » contre 37% qui pensent au contraire qu’on peut en général leur faire confiance.

  • Cette méfiance est majoritaire quels que soient l’âge ou la profession. Seuls les sympathisants de Renaissance (61%) et ceux qui suivent l’actualité avec un grand intérêt (58%) se montrent majoritairement confiants.

Parallèlement, la crédibilité accordée par les Français aux médias reste limitée, même si elle progresse cette année. Ainsi seul environ un Français sur deux pense qu’en général les choses se sont passées comme la radio (54%), la presse (52%) ou la télévision le raconte (49%).

Parmi les causes de cette méfiance, les doutes sur l’impartialité et l’indépendance des journalistes sont importants. Ainsi, et de manière stable depuis plusieurs années, seul un quart des Français estime que les journalistes sont indépendants aux pressions de l’argent (26%) ou à celles du pouvoir (24%).

  • A ce titre, 45% des Français estiment que le fait que plusieurs groupes de presses ou de médias importants sont détenus par de grands groupes industriels est une « mauvaise chose » (contre seulement 15% qui y voient une bonne chose).

… et une certaine confiance à l’égard de « leurs » médias

Toutefois cette méfiance instinctive doit être nuancée. Quand on les interroge plus précisément sur les médias qu’ils utilisent, les Français leur font très majoritairement confiance pour les informer sur ce qui se passe dans l’actualité.

C’est particulièrement le cas pour les médias traditionnels qui bénéficient d’un réel crédit de confiance :

  • Ainsi, 73% des Français qui l’écoutent font confiance à la radio pour les informer, et la proportion est identique auprès de ceux qui regardent les journaux télévisés.
  • La presse régionale bénéficie d’une confiance de 70% auprès de ses lecteurs, 68% pour la presse hebdo nationale (news magazine) et 66% pour la presse quotidienne nationale.

Les chaînes d’information en continu sont un peu en retrait : 52% des Français (et 62% de ceux qui les regardent) leur font confiance pour s’informer.

D’autres médias suscitent un niveau de confiance plus faible chez les Français, mais aussi chez ceux qui les utilisent pour être informés :

  • Ainsi, seuls 33% des Français (et 46% de ceux qui les regardent) font confiance aux émissions d’actualité et de divertissement à la télévision comme Touche Pas à Mon Poste ou Quotidien.
  • Surtout, seuls 27% des Français – et 36% de ceux qui les utilisent – font confiance aux réseaux sociaux pour les informer. On observe des niveaux similaires s’agissant des influencers : 17% des Français et 40% de ceux qui les suivent leur font confiance.

Face à cette confiance sous conditions et variable selon les médias, une solution est privilégiée par une majorité de Français : s’appuyer sur plusieurs sources pour se forger une opinion.

  • 50% des Français déclarent en effet se faire leur opinion sur un sujet d’actualité en confrontant ce que disent plusieurs médias ; contre seulement 16% qui disent le faire grâce à un seul média qu’ils considèrent comme fiable. 20% estiment, pour leur part, qu’il est difficile de se faire une opinion à travers les médias et 8% préfèrent même éviter les médias pour se faire faire une opinion.

L’audiovisuel public : un attachement relatif

Interrogés sur l’existence de médias audiovisuels publics en France, 48% des Français estiment qu’il s’agit d’une bonne chose (et même 65% des sympathisants de gauche) contre 11% seulement une mauvaise. Toutefois, cet attachement est relatif dans la mesure où un tiers des Français estiment qu’il s’agit d’une chose ni bonne ni mauvaise.

  • Conséquence, une majorité de Français (62%) estiment que la suppression de la contribution à l’audiovisuel public intervenue en 2022 est une bonne chose « car cela fait une taxe de moins à payer » contre seulement 25% qui y voient une mauvaise chose « car cela remet en cause la qualité et l’indépendance de l’audiovisuel public. »

Les Français et les chaînes d’information en continu : « je t’aime moi non plus »

Même si elles sont largement regardées par les Français (76% disent les regarder pour s’informer), les chaînes d’information en continu suscitent des sentiments ambivalents.

  • Si une large majorité (70%) reconnaît qu’elles permettent d’être rapidement informé de ce qui se passe…
  • … ils estiment dans le même temps qu’elles ont tendance à se concentrer sur un seul sujet et à négliger les autres (73%) mais aussi à donner trop souvent la parole à des personnes qui ne sont pas expertes du sujet (66% ; une opinion partagée dans les mêmes proportions par ceux qui disent regarder tous les jours les chaînes d’info en continu).
  • Toutefois 73% des spectateurs quotidiens des chaînes d’info jugent également qu’elles permettent d’entendre différents points de vue, une opinion qui est moins partagée par les Français (56%).

L’actualité via les réseaux sociaux : des Français majoritairement critiques mais un fossé générationnel visible

Bien que 68% des Français disent les utiliser pour être informés sur l’actualité (dont 36% quotidiennement) les réseaux sociaux font l’objet d’une réelle méfiance, en raison de leur fonctionnement mais aussi de la qualité et véracité de l’information diffusée. Toutefois, les plus jeunes – qui en sont aussi les plus gros consommateurs – se montrent moins critiques.

  • 53% des Français considèrent que le fait qu’avec les réseaux sociaux de plus en plus d’informations soient diffusées par des personnes qui ne sont pas des médias ou des journalistes, est « une mauvaise chose » contre 33% qui voient cette évolution comme une bonne chose.
  • Mais l’on observe un véritable fossé générationnel sur le sujet : 51% des moins de 35 ans voient cette évolution comme une bonne chose, alors que les plus de 35 ans sont une nette majorité à y voir une mauvaise chose (59%, et même 71% chez les 65 ans et plus).

Par rapport à ce phénomène, 70% des Français pensent que cela participe à la diffusion de fausses informations et aux théories du complot (une opinion partagée aussi bien par les plus jeunes que les plus âgés) et 66% que cela nuit à la qualité de l’information.

  • C’est d’ailleurs clairement sur les réseaux sociaux que les Français disent le plus être confrontés à des informations qui déforment la réalité ou sont fausses. 45% des Français disent en effet y être exposés au moins plusieurs fois par semaine, contre 38% s’agissant de la télévision, 33% sur les sites Internet de la presse, 29% à la radio et 24% dans la presse écrite.

Pour autant, à choisir entre liberté ou contrôle des opinions diffusées sur les réseaux sociaux les Français se montrent majoritairement favorables à davantage de liberté d’expression (54%) que de régulation (34%). L’écart générationnel s’observe ici également : seuls les plus âgés se montrent majoritairement favorables à plus de régulation (58% des 65 ans et plus).

  • Et même si pour lutter contre la désinformation, les Français estiment qu’il faut davantage réguler les informations partagées sur les réseaux sociaux (pour 39% d’entre eux) d’autres actions doivent également être mises en œuvre à leurs yeux : promouvoir l’éducation aux médias dès le plus jeune âge (33%), faire en sorte que les médias et les journalistes expliquent davantage comment ils travaillent (32%) ou encore développer les outils de fact-checking (27%).

Le traitement médiatique des événements de l’année 2022 : des Français un peu moins critiques que par le passé

Contrairement aux années précédentes, où une part souvent très importante des Français estimaient que les médias avaient trop parlé de certains événements, les jugements sont plus mesurés cette année.

  • Ainsi l’événement dont les Français estiment le plus que les médias ont trop parlé cette année est la coupe du monde de football au Qatar. Mais cette opinion n’est partagée « que » par 48% des Français (contre 35% qui pensent que les médias en ont parlé comme il faut ; sans différence notable en fonction du genre).
  • La mort de la reine Elisabeth II arrive en 2nde position : 43% des Français pensent que les médias en ont trop parlé (en particulier les plus âgés) et 40% comme il faut
  • Suivis de la pénurie de carburant dans les stations-services : 40% pensent qu’on en a trop parlé, 37% comme il faut.

A l’inverse, les Français estiment que les médias n’ont pas assez parlé en 2022 :

  • Du débat sur la fin de vie (pour 51%) ;
  • Des abus sexuels au sein de l’Eglise catholique (pour 37%) ;
  • Et du mouvement de protestation en Iran (pour 34%).

S’agissant de la guerre en Ukraine, 38% des Français estiment que les médias en ont trop parlé (un jugement particulièrement partagé à l’extrême-droite) contre 40% « comme il faut ». A cet égard, les Français ont majoritairement le sentiment que les médias ont « bien » traité de ce sujet (51% contre 29% qui pensent qu’ils l’ont mal traité).

En ce qui concerne le traitement médiatique du dérèglement climatique, on observe cette année une amélioration des jugements même si les avis sont partagés : 40% pensent que le sujet a été bien traité par les médias en 2022 (en progression de +14 points) contre 42% d’un avis contraire. Par ailleurs, 43% des Français estiment que les médias ont parlé comme il faut des événements climatiques de cet été (contre 26% trop parlé et 23% pas assez).

Méthodologie
Enquête réalisée du 4 au 8 janvier 2023 auprès d’un échantillon de 1 500 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne de référence) après stratification par région croisée par catégorie d’agglomération. 1 300 interviews réalisées sur internet auprès de 18 ans et plus et 200 interviews réalisées par téléphone auprès de 65 ans et plus.

Source Kantar Public La Croix novembre 2023 Plus de la moitié des Français ne font pas confiance aux médias sur les sujets d’actualité Plus de la moitié des Français ne font pas confiance aux médias sur les sujets d’actualité Plus de la moitié des Français ne font pas confiance aux médias sur les sujets d’actualité Plus de la moitié des Français ne font pas confiance aux médias sur les sujets d’actualité Plus de la moitié des Français ne font pas confiance aux médias sur les sujets d’actualité